Sonata Arctica France est allé à la rencontre de Tony Kakko en marge du Finnish Metal Expo, véritable version hivernale du Wacken Open Air qui se tient à Helsinki tous les ans au mois de février. En 2010, Sonata Arctica se produisait en tête d'affiche du festival!
SAF: Tony, tu as eu des soucis de santé à l’automne qui ont conduit à l’annulation de plusieurs concerts, dont la date française. Que c’était-il passé ?
Tony Kakko: Je suis tombé trois fois malade, en attrapant trois grippes différentes. J'ai attrapè une bonne grippe – pas la grippe A, juste une grippe saisonnière. Je suis allé à l’hôpital à Madrid, on m’a fait plein de tests et ensuite ca a commencé à aller mieux. La première fois c’était en Croatie ou en Serbie, j’ai tout simplement perdu ma voix, ca peut arriver. Ensuite j’ai attrapé une grippe, j’avais de la fièvre pendant plusieurs jours. On a du annuler plusieurs concerts pour que je puisse guérir mais ça ne suffisait pas. J’avais besoin de plus de temps.
La climatisation du bus ne devait pas aider…
Lorsque l’on est épuisé par la tournée et que l’on rencontre plein de fans avec un système immunitaire affaibli, c’est très facile d’attraper des saloperies. Je ne suis pas le seul qui en ait souffert, il y a eu Timo Kotipelto de Stratovarius aussi.
Mais tu es bien rétabli maintenant ?
Oui oui, j’ai même eu le temps d’attraper encore une autre grippe entre temps !
(rires).
Tu as beaucoup fais chanter le public lors du concert à l’Elysée Montmartre, ce qui a engendré des spéculations sur l’état de ta voix…
J’avais la voix pétée ce jour-là. C’est malheureux mais l’on n’y peut rien…
Peut-être que vous tournez un peu trop intensément ?
Je ne pense pas, on n’a jamais connu une telle succession de soucis auparavant… C’est dû au climat qui règne en Europe à cette époque, avec un temps froid et humide - le meilleur moyen de chopper toutes les saloperies qui circulent. Il ne faudrait plus que l’on tourne en Europe entre Novembre et Mars. En plus on ne voit que cette fichue grisaille, je préfèrerais être en short quand nous jouons en Espagne plutôt que de devoir porter un pull parce qu’il fait -2° dehors la nuit!
(rires)
Donc la prochaine fois direction les US en Automne, puis l’Europe au printemps ?
On peut se débrouiller pour toujours trouver une région où il fasse un temps clément. Je peux déjà apprécier suffisamment l’hiver en Finlande pour pouvoir m’en passer lorsque nous tournons en Europe.

Revenons à la musique. J’ai l’impression que vous avez lancé une mode en Finlande avec votre collaboration avec Mikko P. Mustonen sur The Days of Grays : depuis, des groupes comme Ensiferum ou Leverage ont eux-aussi opéré un virage symphonique !
En fait Mikko travaillait avec Ensiferum en même temps qu’avec nous, et je ne crois pas qu’il ait collaboré avec avec Leverage. Je ne sais pas si l’on peut vraiment qualifier notre musique de symphonique, il n’y a que quelques éléments...
Jusqu’à Reckoning Night vous avez enregistré tous vos albums au Tico Tico Studio de Kemi, mais depuis Unia vous enregistrez dans plusieurs endroits différents, pourquoi avoir changé votre mode de fonctionnement ?
Les ordinateurs se sont améliorés, et je me suis équipé. Ils permettent d’économiser de coûteuses journées en studio. J’ai un microphone et le logiciel qui va bien chez moi, je peux enregistrer quand je veux, je peux essayer pleins de trucs différents, faire autant de prises que je veux sans que personne ne s’énerve autour… jusqu’à ce que ce soit moi qui m’énerve ! Et puis nous sommes tous dispersés géographiquement aujourd’hui, donc enchaîner des journées de travail de 8h en studio n’est pas ce qu’il y a de plus pratique pour nous. Tommy et Marko ont continué à enregistrer au Tico Tico Studio.
Pouvez-vous répéter les morceaux avant l’enregistrement, malgré cette dispersion ?
Si si, nous réservons un studio pour un mois pour répéter et échanger des idées.
Ça permet aux autres membres du groupe de pouvoir se représenter les morceaux dans leur globalité avant l’enregistrement de leurs propres parties…
Il peut ceci dit arriver qu’il y ait des morceaux que personne n’a entendu avant l’enregistrement. Par exemple, j’ai donné le morceau As If The World Wasn’t Ending à Tommy le dernier jour où il pouvait enregistrer ses parties, mais c’est un morceau tellement simple à jouer qu’il n’a eu besoin de l’écouter qu’une fois ou deux avant de l’enregistrer.
Êtes-vous plus avancés concernant votre futur DVD ? Pour quelle raison avoir repoussé son enregistrement ?
Non pas vraiment. Nous avons repoussé l’enregistrement parce que nous voulions répéter de nouveaux morceaux et réfléchir encore à la setlist. Et puis si nous l’avions tourné au printemps comme nous l’avions prévu au départ, nous aurions été vraiment pressé parce qu’il aurait fallu qu’il soit prêt pour l’automne.
J’ai lu que vous alliez répéter les morceaux Deathaura et Dead Skin, tu as donc dans l’idée de les faire figurer sur le DVD ?
Oui, tout à fait. Nous allons aussi ressortir des vieux morceaux du placard et les dépoussiérer, les réarranger. La préparation du documentaire prend énormément de temps, je dois passer des journées entières à visionner du matériel. Et puis on a tous besoin de prendre un mois de vacances en mars et de recharger les batteries après ces six derniers mois usants.
Que penses-tu des rééditions d’Ecliptica et de Silence ? Etait-ce vraiment nécessaire ?
Moui, ils ont été réédités à l’occasion du lancement de Spinefarm UK. C’était l’occasion de retravailler le son pour le mettre au goût du jour, et j’ai pu m’amuser à faire de nouvelles versions de
Letter to Dana et de
Wolf & Raven, des versions totalement différentes. Il fallait qu’elles soient vraiment très différentes pour que cela ait un sens de proposer de nouvelles versions. La plupart des gens préfèrent les versions originales, mais ces reprises ont aussi leur lot de fans… moi par exemple !
(rires) Quoiqu’il en soit, je me suis bien amusé !
Le son a-t-il réellement été retravaillé ? J’ai du mal à percevoir la différence entre les versions de 99 et de 2001 et les rééditions…
J’imagine qu’il faut avoir un matériel hi-fi de professionnel. Je crois qu’il y a un son plus chaud… Pour être honnête je ne sais pas quelles différences il y a, je n’ai écouté qu’une fois les versions remasterisées pour le soundcheck. Je les connais assez bien ces disques donc je n’ai pas vraiment éprouvé le besoin de les écouter et de les analyser…
(rires)
Vous avez quelques morceaux dans les tiroirs, comptez-vous les publier sous la forme d’un EP à court terme ?
Nous avons une reprise oui, nous en ferons peut-être la face B d’un second single.
Pas d’EP donc ?
Hmmm… J’ai un projet très amusant en tête, mais je n’ose pas encore en parler pour le moment. Je ne sais quand est-ce que nous aurons le temps de le réaliser, il va demander pas mal de travail...

A qui fais-tu référence dans les paroles de Zeroes, aux financiers ?
Zeroes parle d’un phénomène qui est apparu pendant la seconde guerre mondiale : le business de la guerre, autour duquel se sont tissés des intérêts politiques. On fait de l’argent avec les gens, avec la vie des gens. J’ai déjà écrit des morceaux sur ce sujet auparavant.
Cela faisait un moment que tu n’avais pas écrit des paroles engagées dans la veine de Power of One ou Destruction Preventer…
Il y a eu
To Create a Warlike Feel, qui traite justement du même sujet que
Zeroes.
Préfères-tu les morceaux ancrés dans la réalité, engagés, ou bien les morceaux plus « escapistes », féériques ?
Je ne suis pas une personne très politisée, je vis d’avantage dans un monde de Donald Duck. Mais je reste terre-à-terre, je ne parle pas dans mes textes de super héros qui volent dans le ciel, je préfère les relations humaines, les histoires, l’Histoire aussi, comme pour
Deathaura. J’essaie de faire en sorte que les gens aient quelque chose à retirer de mes morceaux, qu’ils puissent s’y retrouver à un moment ou à un autre de leur vie. Il arrive que je tombe sur des paroles qui me parlent vraiment, qui me donnent l’impression que l’auteur lit dans mes pensées et qui m’aident à mettre des mots sur ce que je ressens. C’est ce que je tente de faire à mon tour.
Et qu’en est-il des OVNIs, éprouves-tu une attirance particulière pour les histoires d’extraterrestres ?
Oui, j’étais un grand fan de
X-Files à une époque… Je ne suis peut-être plus autant intéressé spécifiquement par les OVNIs, mais je reste fasciné par tous ces phénomènes paranormaux, inexpliqués. Il y a une explication rationnelle à tous les événements, et cette quête de l’explication est passionnante même si une fois que tu l’as trouvée, tu détruis toute la magie du phénomène…
J’ai lu que tu planchais sur un projet solo, pourrais-tu nous en dire plus ?
Tout ce que je peux te dire c’est qu’il s’agit de morceaux bien plus durs, plus agressifs que ceux de Sonata Arctica… Au départ je croyais que ce serait planant mais ce n’est plus vraiment le cas !
L’influence de Strapping Young Lad, j’imagine ?
Exactement !
Devin Townsend a de très bonnes idées et il est une bonne source d’inspiration. Mais je ne vais pas commencer à le copier, d’autant que me connaissant, je ne serais pas capable de faire de la musique dans la veine de Strapping Yound Lad qui ait un sens.
J’imagine que tu as entendu parler de l’adaptation de Ziltoid en comédie musicale…
Quoi ??
Oui, il est en train de préparer une comédie musicale avec des marionnettes basée sur l’album Ziltoid the Omniscient qu’il jouera en exclusivité à… Helsinki, lors du Tuska !
Cette année ? Oh mon dieu! Je ne suis pas du tout l’actualité musicale, je ne savais pas ! Brrr, j’en ai des frissons là, il faut absolument que l’on joue au Tuska cette année pour que je puisse voir ça ! Waouh !
Pour finir, que penses-tu du Finnish Metal Expo ?
Je viens d’arriver en fait, mais nous nous sommes déjà produits ici auparavant. C’est un chouette événement, surtout pour les businessmen : les groupes, les managers, les labels, le merchandising sont regroupés au même endroit et peuvent négocier de toutes sortes de choses. Et puis c’est une occasion assez unique pour les fans d’approcher les groupes de très près, et de d’apercevoir l’envers du décor. Bon, ce qui craint c’est que l’on joue aussi tard ! (
Sonata Arctica jouait en clôture du second jour, à 1h du matin. )
Merci beaucoup pour cette interview Tony, bon concert tout à l’heure !
Merci à toi, bonne soirée !
